Un format plus cible après l’apogée
Après l’Année France-Russie de 2010 qui avait marque l’apogée du format saison croisée, le suivant projet bilatéral est decide en 2014 : une saison consacrée au tourisme. L’ambition : exploiter la masse de Français interesses par la Russie et la classe moyenne russe dont le pouvoir d’achat touristique s’était développe dans les années 2000.
Mais les circonstances changent : annexion de la Crimée (2014), sanctions européennes, dépréciation du rouble (de 30 roubles/euro en 2013 a 80 roubles/euro en 2015). Le tourisme russe vers l’Europe s’effondre en 2014-2015. La saison 2016-2017, décidée avant la crise, se deploie dans un contexte qui lui est defavorable.
I. Les objectifs affiches
Développer les flux touristiques
L’objectif principal était quantifie : augmenter les flux touristiques bilatéraux de 20% sur 2016-2018. Avant la crise (2013), environ 700 000 Russes visitaient la France chaque année ; environ 300 000 Français visitaient la Russie. La saison visait a porter ces chiffres a plus d’un million cote français et 400 000 cote russe.
Diversifier les destinations
La saison cherchait a diversifier les destinations touristiques au-dela des classiques : Saint-Pétersbourg (visitee par 70% des Français en Russie), Moscou (50%), lac Baikal (10%). Cote russe, les Russes en France frequentaient principalement Paris (80%), Cote d’Azur (40%), Champagne et Bordeaux (20%).
Des destinations nouvelles étaient mises en valeur : Kazan et le Tatarstan, Nijni-Novgorod (Coupe du monde de football 2018 en préparation), Oural, Sibérie, Yakoutie — autant de régions valorisées aujourd’hui encore par les spécialistes du voyage en Russie. Côté français : Loire, Normandie, Alpes, Pays basque, Provence.
Les croisieres fluviales
Un programme croisieres fluviales était développe : liaison Saint-Pétersbourg-Moscou via la Volga ; liaison Moscou-Astrakhan. Plusieurs compagnies françaises (CroisiEurope) investissaient dans ces circuits. Cote Russie, les croisieres sur la Seine et le Rhin étaient promues aupres de la clientele russe.
II. Les operations programmees
Les salons du tourisme
Les grands salons du tourisme étaient les vitrines principales :
- Salon mondial du tourisme de Paris (Porte de Versailles) — Russie invitée d’honneur en mars 2016
- Salon Intourmarket de Moscou — France invitée d’honneur en mars 2016
- Mipim de Cannes (Marche international des professionnels de l’immobilier) — stand russe etoffe
Ces salons attiraient plusieurs dizaines de milliers de visiteurs et produisaient des contrats business-to-business entre agents, compagnies aeriennes, hoteliers.

Les semaines gastronomiques
Pendant la saison, plusieurs semaines gastronomiques étaient organisées :
- Semaines cuisine russe a Paris (chefs russes invites, restaurants thématiques)
- Semaines cuisine française a Moscou et Saint-Pétersbourg
- Festival Vins de France en Russie
La dimension culinaire était un angle de plus en plus strategique du dialogue bilatéral.
Les croisieres et les lignes aeriennes
Air France-KLM relance plusieurs lignes directes : Paris-Saint-Pétersbourg (quotidienne), Paris-Moscou (plusieurs quotidiennes), Paris-Kazan (inaugurée en 2016). Aeroflot augmente ses frequences Paris-Moscou.
Les compagnies aeriennes russes régionales (Rossiya, S7) ouvrent des lignes saisonnieres vers Nice, Marseille, Toulouse.
III. Les limites
L’effet crise du rouble
La dépréciation du rouble rend les voyages russes en Europe extrêmement coûteux. Pour une famille russe de classe moyenne, un séjour de 10 jours en France passait de 1 500 euros en 2013 a 3 500 euros en 2016. Les flux touristiques russes s’effondrent — 40% de baisse en 2014-2015.
La saison 2016-2017 cherche a compenser cette baisse structurelle par la promotion intensive, mais les effets sont limites. La classe moyenne russe se replie sur des destinations moins cheres (Turquie, Égypte) ou sur le tourisme interne.
Le tourisme français en Russie
Cote français, le tourisme vers la Russie ne progresse pas non plus de manière notable. Les tensions politiques (crise ukrainienne, guerre en Syrie) creent une perception negative chez une partie du public français. Les voyagistes enregistrent une stagnation plutot qu’une croissance.
Les operations annulées
Plusieurs operations ont été annulées ou reduites en réponse aux tensions diplomatiques :

- Forum économique Paris prevu en juin 2016 avec Poutine — reduit en format après l’affaire Skripal (Royaume-Uni, 2018, certes postérieure)
- Festival des ballets russes a Paris en 2017 — partiellement annulé
- Coupe du monde de football en Russie 2018 — les operations françaises liées étaient reduites
IV. Les reussites
Les infrastructures hotelieres
Plusieurs investissements hoteliers croises ont eu lieu :
- Accor (AccorHotels) acquiert ou construit plusieurs hôtels en Russie (Moscou, Saint-Pétersbourg, Kazan)
- Groupe hotelier russe Azimut prend des positions dans l’hotellerie française
La liaison Saint-Pétersbourg-Paris
Le tourisme culturel Saint-Pétersbourg-Paris est développe comme axe privilegie : les deux villes sont compareess, leur dialogue artistique (Diaghilev, Nijinsky, les Ballets russes) rejoué. Plusieurs circuits touristiques sur mesure.
Les villes européennes jumelees
Plusieurs jumelages de villes ont été réactivés ou créés : Marseille-Odessa (Ukraine, avant 2022), Lyon-Tcheliabinsk, Nijni-Novgorod-Grenoble. Ces jumelages ont produit des échanges scolaires, universitaires, culturels au-dela du tourisme pur.
V. L’héritage
Un format non reconduit
Le format saison touristique ne sera pas reconduit. Après 2018, les événements bilatéraux touristiques sont reduits. L’expérience a montre que le tourisme depend trop des conjonctures économiques (taux de change) et politiques (sanctions) pour constituer un socle stable d’echange culturel.
Une mémoire modeste
Contrairement a la saison 2010 dont la mémoire reste vive, la saison 2016-2017 a peu marque les espaces publics français et russes. Elle est documentée principalement dans les archives administratives (Atout France, Rosturism) et les archives professionnelles (voyagistes, compagnies aeriennes, hoteliers).
Les infrastructures survivantes
Certaines infrastructures matérielles créées par la saison survivent : lignes aeriennes directes (qui se maintiendront jusqu’a 2022), hôtels acquis ou renoves, relations B2B entre entreprises du tourisme. Après 2022, toutes ces infrastructures sont gelées ou demontees.
Conclusion
La saison touristique 2016-2017 aura été une operation de moyenne ampleur qui n’a pas produit les effets escomptes. Ni échec total ni reussite marquante, elle illustre la difficulte de reproduire le format grandiose de 2010 quand les conditions politiques et économiques se durcissent. Revenir a cette saison, c’est mesurer la fragilite des dispositifs culturels dans un contexte diplomatique qui se detériore.