Pourquoi un annuaire institutionnel ?
Les saisons culturelles bilatérales ne sont pas produites par des artistes isoles. Elles reposent sur une infrastructure institutionnelle complexe — operateurs publics, musées, universités, fondations, alliances locales, partenaires medias — dont l’articulation determine la forme et le succès des operations. Cet annuaire raisonne propose un tour d’horizon des principales institutions qui ont porte l’Année France-Russie 2010 et les saisons postérieures.
Le choix est selectif : beaucoup d’institutions locales (musées territoriaux, centres culturels ruraux, petits festivals) ont participe ; nous ne pouvons pas toutes les citer. Nous privilegions les acteurs a portée nationale ou internationale qui ont structure les operations majeures.
I. Cote français : les operateurs etatiques
CulturesFrance (2006-2010)
Fondée en 2006 par fusion de l’AFAA (Association française d’action artistique, creee en 1922) et de l’ADPF (Association pour la diffusion de la pensée française, creee en 1946), CulturesFrance était l’operateur etatique de la diplomatie culturelle française a l’étranger.
Sous la double tutelle du ministère des Affaires étrangères et du ministère de la Culture, elle disposait d’un budget annuel d’environ 80 millions d’euros et d’un reseau d’une trentaine de bureaux internationaux. Pour la saison 2010, CulturesFrance a mobilise 20 millions d’euros dedies et deploye une equipe de coordination d’une cinquantaine de personnes a Paris et Moscou.
Sa disparition en 2011 (absorption dans l’Institut français) est l’une des raisons pour lesquelles la mémoire de la saison 2010 s’est erodee : les archives ont été transferees, certains personnels reaffectes, le site web initial ferme.
Institut français (2011-present)
Cree par la loi du 27 juillet 2010 (effective en 2011), l’Institut français est l’operateur etatique unique qui succede a CulturesFrance et intégré la mission de promotion de la langue française a l’étranger. Il est place sous la tutelle principale du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.
L’Institut français a coordonne les saisons franco-russes postérieures (2016-2017, 2018-2019) avec un budget reduit par rapport a 2010. Son reseau en Russie s’est progressivement fragilise, puis ferme en 2022-2023.
Activités principales 2011-2022 :
- Soutien financier aux expositions, festivals, tournées artistiques bilatérales
- Programme residences d’artistes et traducteurs croisées
- Coordination des Alliances françaises en Russie
- Coopération universitaire (College doctoral franco-russe, bourses de mobilite)
Mission CulturesFrance-Russie (2009-2011, operationnelle)
Pendant la saison 2010 spécifiquement, une Mission dédiée a été constituee au sein de CulturesFrance, dirigee par Olivier Poivre d’Arvor (alors directeur de l’agence), avec un directeur operationnel et une equipe de coordination a Paris et Moscou. Cette mission, dissoute après la saison, est documentée dans les archives de l’Institut français.
II. Cote russe : les operateurs etatiques
Rossotrudnichestvo (2008-present)
L’Agence fédérale pour la Communauté des etats indépendants, les compatriotes vivant a l’étranger et la coopération humanitaire internationale (Rossotrudnichestvo) est l’operateur russe de la diplomatie culturelle. Creee en 2008 par decret de Dmitri Medvedev, elle succede a des agences soviétiques et post-soviétiques successives.
Rossotrudnichestvo gere les Centres russes de science et de culture (CRSC, ou CCI selon les contextes) dans plus de 60 pays, dont le CRSC de Paris (rue Boissiere, 8e arrondissement), qui a été très actif pendant la saison 2010 (vernissages, conférences, lectures publiques, expositions).

Budget : 2,5 milliards de roubles en 2010 (~60 millions d’euros), en augmentation constante jusqu’en 2022. Après les sanctions européennes de 2022, plusieurs Centres russes a l’étranger ont été fermes ou restreints.
Ministère de la Culture de la Fédération de Russie
Le ministère russe de la Culture a été le partenaire institutionnel principal de CulturesFrance pendant la saison 2010. Sous la direction d’Alexandre Avdeev (2008-2012), le ministère a coordonne les institutions russes (Hermitage, Pouchkine, Tretiakov, Bolchoï, Mariinsky) et a finance les tournées russes en France.
Ambassades
Les ambassades sont les relais diplomatiques operationnels des operations. En 2010 :
- Ambassade de Russie en France (40-50, boulevard Lannes, 16e arrondissement) : bureau culturel actif, organisateur de plusieurs vernissages.
- Ambassade de France en Russie (45 rue Bolchaia Iakimanka, Moscou) : bureau culturel dirigé par Dominique Baudis puis Jean de Gliniasty, coordinateur local de la saison.
Les deux ambassades ont été très sollicitees pendant la saison : réception de délégations, mediations logistiques, facilitation visa, relation presse locale.
III. Les alliances et reseaux locaux
Alliance française (reseau international)
Les Alliances françaises sont des associations de droit local, federees par la Fondation Alliance française (Paris), qui promeuvent la langue française et la culture francophone. Le reseau russe était l’un des plus denses d’Europe jusqu’en 2022.
Alliances françaises actives en Russie (avant 2022) :
- Moscou (avec plusieurs antennes)
- Saint-Pétersbourg
- Nijni-Novgorod
- Iekaterinbourg
- Kazan (république du Tatarstan)
- Novossibirsk
- Rostov-sur-le-Don
- Samara
- Vladivostok
- Krasnodar
- Irkoutsk
- Vladimir
- Ekaterinbourg
La plupart de ces Alliances ont reduit leurs activités ou ferme après 2022. Certaines continuent sous forme associative restreinte.
Centres russes de science et de culture (CRSC)
Leur equivalent russe : les CRSC ou Rossiisky Tsentr Naouki i Koultoury, geres par Rossotrudnichestvo, presents dans plusieurs villes françaises et européennes. Le CRSC de Paris (rue Boissiere) était operationnel jusqu’en 2022 ; son statut actuel est incertain.
IV. Les grandes institutions museales
Cote français : les musées nationaux
Les musées nationaux français impliques dans la saison 2010 étaient au premier rang des operateurs culturels :
- Louvre (exposition Sainte Russie) — pret et réception de 400 œuvres russes
- Centre Pompidou (expositions Kandinsky, Maiakovski, Malevitch) — expositions de référence
- Grand Palais (Exposition nationale russe, Picasso rétrospective) — hall principal mobilise
- Musée d’Orsay (expositions Bakst, portraits) — accrochage thématique
- Musée national des Arts et Traditions populaires / MuCEM (ethnographie russe)
- Musée du Quai Branly (art sibérien et ethnographique)
- Musée de la Vie romantique (Russia romantique)
Cote russe : les grandes institutions
Les institutions russes majeures impliquées en 2010 et avant :
- Musée Hermitage (Saint-Pétersbourg) — le plus grand musée du monde en nombre de pièces, directeur Mikhail Piotrovsky, qui a occupe le poste pendant toute la saison 2010 et continue en 2026.
- Musée Pouchkine des beaux-arts (Moscou) — collection européenne et expositions temporaires, dont Picasso. Moscou en 2010.
- Galerie Tretiakov (Moscou) — collection d’art russe des XIe-XXe siècles, source des prets pour Russia romantique.
- Théâtre Bolchoï (Moscou) — opéras et ballets, ouverture de la saison automnale avec Preljocaj.
- Théâtre Mariinsky (Saint-Pétersbourg) — direction Valery Gergiev, présence régulièrement a Paris.
- Bibliothèque d’Etat de Russie (Moscou, ex-Bibliothèque Lenine) — collections patrimoniales, source de manuscrits pour Sainte Russie.
- Musée russe (Saint-Pétersbourg) — art russe du XIe au XXe siècle, pret pour plusieurs expositions françaises.
- Musée russe d’Ethnographie (Saint-Pétersbourg) — partenaire de l’exposition Arts et Traditions au MuCEM.
Parmi les lieux de Moscou les plus fréquentés lors des saisons culturelles franco-russes, le Kremlin de Moscou occupe une place particulière — à la fois siège du pouvoir et ensemble muséal (cathédrales du XVe siècle, Palais des Armures aux trésors impériaux). Pour les visiteurs souhaitant se préparer avant une visite du Kremlin, ce guide expert avec horaires et tarifs 2026 donne toutes les informations pratiques nécessaires.
V. Les centres universitaires et de recherche
En France
Plusieurs institutions françaises portent la recherche et l’enseignement sur le monde russe :
- College des études russes (EHESS, Paris) — institution universitaire multidisciplinaire, dirigee successivement par des slavisants de premier plan.
- Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO) — enseignement du russe langue, histoire et civilisation.
- Centre d’études des mondes russe, caucasien et centre-européen (CERCEC) a l’EHESS — recherche en sciences sociales sur le monde russe.
- Université Paris-Sorbonne (departement d’études slaves) — enseignement et recherche.
- Centre d’études slaves de Strasbourg — recherches et coopérations croisées.
En Russie
- Université d’Etat de Moscou (MGU) — enseignement du français et coopération avec les universités françaises.
- Université d’Etat de Saint-Pétersbourg (SPbGU) — idem, avec une forte tradition française.
- Université russe d’etat des sciences humaines (RGGU) — recherche en sciences humaines.
- Haute école d’économie (HSE) — enseignement en sciences sociales, coopérations avec Sciences Po.
Coopération universitaire structurante
Pendant les années 2010-2019, plusieurs programmes universitaires conjoints ont été mis en place :

- Colleges doctoraux franco-russes en sciences humaines
- Masters conjoints (histoire, sociologie, littérature, sciences politiques)
- Bourses Emmanuel Le Roy Ladurie (histoire) ; bourses Marc Bloch
- Programmes de recherche soutenus par l’ANR (Agence nationale de la recherche) et son equivalent russe RFBR
Ces programmes se sont progressivement erodes après 2022, avec des conséquences encore perceptibles en 2026 : la génération de chercheurs forme dans les années 2010 continue de publier, mais le renouvellement est gravement compromis.
VI. Les fondations et relais prives
Fondations russes
- Russkii Mir (Fondation du Monde russe) — fondation creee en 2007, dédiée a la promotion de la langue et de la culture russes a l’étranger. A finance plusieurs residences de traducteurs franco-russes et des Colloques universitaires.
- Fondation Timchenko — mécénat culturel russe.
- Fondation Prokhorov — soutien aux arts visuels.
Fondations françaises
- Fondation franco-russe (Fonds franco-russe) — structure discrete, active dans les années 2005-2015.
- Fondation Hermes — mécénat culturel touche au monde russe.
VII. Le tissu associatif
Associations françaises
Plusieurs associations culturelles françaises consacrées au monde russe ont participe a la saison 2010 et restent actives en 2026 :
- Association Paris-Pétersbourg — associations de jumelage, active depuis les années 1990.
- Association Ruslan — magazine associatif sur les échanges culturels franco-russes.
- Cercle Pouchkine — société littéraire consacrée a Pouchkine et au siècle d’or russe.
- Alliance franco-russe — association reprise et renommée plusieurs fois, consacrée a la mémoire de l’Alliance de 1892.
- Amis de Paris-Pétersbourg — organisation des jumelages bilatéraux.
Ces associations, en 2026, jouent un rôle accru dans le maintien de l’infrastructure culturelle bilatérale : a defaut d’institutions etatiques operationnelles, elles portent une partie du dialogue par le biais associatif.
Associations russes en France
La diaspora russe a Paris et a Nice, ancienne (émigration de 1917-1930) et récente (émigration de 2022), gere plusieurs associations culturelles, églises orthodoxes, bibliothèques. Cette infrastructure communautaire est aujourd’hui l’un des principaux relais non-etatiques du dialogue culturel.
VIII. Les partenaires medias
Medias français
Pendant la saison 2010, les partenaires medias officiels français étaient :
- Arte (chaine culturelle franco-allemande)
- France Culture (radio publique, documentaires et reportages)
- Le Courrier international (analyses et traductions)
- Le Monde (couverture privilégiée)
- Liberation et Le Figaro (dossiers culturels)
- EurActiv.fr (decryptage politique européen)
Medias russes
- Le Courrier de Russie (journal francophone de Moscou)
- Chaine Kultura (chaine publique russe culturelle)
- RTR Planeta (international)
- Rossiya-24 (chaine d’information)
- Gazeta.ru (journal en ligne)
- Nouvelles Moscovites (hebdomadaire)
IX. Les partenaires mécènes privés
Les mécènes prives de la saison 2010, documentes sur les supports officiels d’epoque :
Grands contributeurs industriels :
- Alstom (transport ferroviaire)
- Total (energie)
- SNCF (transport)
- Air France (aerien)
- Société Générale (banque)
- RATP (transports Paris)
- Arianespace (spatial)
- THALES (defense, aerospatial)
- PSA Peugeot Citroen (automobile)
Mécènes culturels et médiatiques :
- Groupe Hachette Filipacchi Medias
- Groupe Pernod-Ricard
- ARTE France
- Paris Première
Ces partenaires ont fourni environ 30 millions d’euros sur l’ensemble de la saison. La relation entre ces entreprises et la Russie s’est deterioree après 2022 ; plusieurs ont suspendu leurs activités russes ou se sont retires.
X. Les archives : où trouver l’information
Quinze ans après la saison 2010, les sources primaires sur cette infrastructure institutionnelle sont partiellement dispersées et parfois menacées de disparition silencieuse. Les archives les plus riches sont conservées par l’Institut français de Paris (héritier de CulturesFrance), qui détient les dossiers de la saison 2010 sous forme physique (avenue de l’Opéra) et numérique partielle. L’accès est sur demande motivée ; la numérisation est en cours.
La Bibliothèque nationale de France (BnF) détient, via son département des Arts du spectacle, les programmes, affiches, photographies, enregistrements de nombreuses manifestations de la saison. Le site Gallica met à disposition une partie de ce corpus en libre accès. Le Centre d’études slaves (9 rue Michelet, Paris 6e) conserve les catalogues d’expositions et certains dossiers de presse — une mine sous-exploitée par les chercheurs.
Du côté numérique, les archives WebArchive (archive.org) ont préservé la majorité des sites officiels et institutionnels de la saison 2010. Le site principal francerussie2010.com, en plateforme RIA Novosti, est archivé avec une granularité remarquable. Ce magazine éditorial s’est appuyé sur ces sources pour documenter plusieurs événements disparus des mémoires institutionnelles — une démonstration que l’archive numérique est devenue une ressource patrimoniale à part entière pour l’histoire des politiques culturelles récentes.
Pour les chercheurs plus avancés, plusieurs fonds privés complètent le tableau : archives personnelles de commissaires d’exposition, collections d’invitations et programmes rassemblées par des acteurs individuels, correspondances de mécènes. Ces fonds dispersés constituent, collectivement, le matériau d’une historiographie future des saisons croisées — historiographie qui reste largement à écrire.
Conclusion
L’infrastructure institutionnelle franco-russe a été durablement ebranlee par la rupture de 2022. Ce que 40 ans de coopération avaient construit — operateurs etatiques, alliances locales, musées partenaires, universités conjointes, fondations, medias — s’est en partie decompose ou suspendu. Mais une mémoire institutionnelle persiste : archives, catalogues, personnes, reseaux informels.
Cet annuaire vise a la preserver pour que, lorsque les conditions politiques le permettront, une reprise soit possible a partir d’un socle connu. Pour prolonger : l’histoire des saisons croisées, les portraits des directeurs et responsables institutionnels, les échanges artistiques des années 2010-2022.